Stadt: Wien (Österreich)

Frist: 2020-01-15

Beginn: 2020-09-23

Ende: 2020-09-26

URL: https://frankoromanistentag.univie.ac.at/call-for-papers/literaturwissenschaftliche-sektionen/

« Commencer de dire des vers, c’est entrer dans une danse verbale. » (Valéry 1936 : 11) écrit Paul Valéry dans son célèbre essai Philosophie de la danse. Comme beaucoup d’autres auteurs, Valéry utilise, dans ses écrits, l’idée de la danse comme une métaphore de la poésie ou parfois comme allégorie de la pensée. Depuis la fin du XIXe siècle, les réflexions sur la danse se multiplient chez des auteurs comme Charles Baudelaire ou Stéphane Mallarmé. Problème fascinant que celui que ces écrivains soulèvent : comment mettre la danse en mots via la littérature malgré la différence, voire l’opposition, de ces deux formes d’expression ? Ces interrogations apparaissent à une époque où la danse s’émancipe du langage, caractéristique notable de ce « paradigme esthétique » énoncé par Jacques Rancière (Rancière 2011 : 15). Autour de ce moment charnière, deux époques peuvent être distinguées. Tout d’abord, celle du ballet de cour des XVIe et XVIIe siècles, où la danse artistique1 semble s’inspirer de la littérature et reprend une trame narrative formulée dans un texte littéraire, ensuite adapté à la représentation scénique (voir Bührle 2014 : 17). Vient ensuite, pour la danse au XIXe siècle, une époque d’émancipation du texte écrit et de recherche d’un langage propre à partir de François Delsarte et de sa vision du corps comme moyen d’expression artistique, suivi par Isadora Duncan, la Modern Dance, l’Ausdrucktanz allemande ou encore la notation de Rudolf von Laban au XXe siècle.

Le but de cette section est d’explorer les interactions, les échanges entre littérature et danse ainsi que les formes de la transposition d’un langage à l’autre. Comment écrire ou comment danser ce qui aux yeux de l’autre médium est inexprimable ? Comment écrire le mouvement et danser le mot ? Ces interrogations, loin d’être nouvelles, sont tout de même assez récentes dans le milieu littéraire puisque la plupart des ouvrages sur ce thème est publiée depuis les années 1990. Profitant de cette nouvelle vague de publication (voir Bührle 2014 et Beauquel 2015), ce panel aurait alors pour objectif second de faire un état des lieux des différents travaux sur ce sujet, balayant un large spectre thématique et chronologique et permettant ainsi la rencontre entre chercheurs, spécialistes de différentes périodes et courants de pensée. Quatre pistes de travail sont ainsi proposées aux chercheurs afin d’explorer ce vaste champ d’interrogation.

1. Les librettistes et livrets : une littérature pour la danse

Les comédies-ballets, les opéras-ballets ou encore les ballets d’action proviennent souvent d’un même support écrit : le livret ou le libretto. Un grand nombre d’entre eux a été produit par Louis de Cahusac, Molière, Théophile Gautier ou encore Ludovic Halévy et Henri Meilhac. Le livret semble représenter un cas particulier dans la littérature : s’il regorge de motifs et d’éléments tirés d’autres œuvres littéraires, il n’est cependant pas produit en vue d’une publication mais pour être mis en scène et transposé en chorégraphie. Giselle de Théophile Gautier, par exemple, s’appuie sur le motif des wilis présent aussi bien chez Victor Hugo que chez Heinrich Heine. Bien que les livrets soient des sources difficiles d’accès, puisque non prévus pour une large diffusion, ils constituent un champ de recherche fertile.
• Quelle place peut être attribuée à ces textes, intermédiaires entre deux arts ?
• De quelle façon les motifs littéraires peuvent-ils être adaptés afin de déployer tout leur potentiel scénique ?

2. L’auteur-spectateur : tentatives de transcriptions d’une discipline

Stéphane Mallarmé, Paul Valéry et bien d’autres auteurs ont essayé d’expliquer la danse qu’ils observaient, de la mettre sur papier. Ce rapport à la danse, cette volonté de la décrire par le médium textuel et littéraire, s’apparente à une attitude de transcripteur qui essaie, après une première observation passive, de mettre la danse en mots (voir Cordova, 1998). Face à cet « écart qui sépare l’expressivité corporelle de celle du verbal » (ibid. : 36), il semble nécessaire de se demander comment les auteurs réagissent à cette contradiction.
• Quelles sont les réflexions théoriques et littéraires des écrivains autour de la question de l’apparente inconciliabilité du texte littéraire et de la danse ?
• Comment perçoivent-ils leur rôle de transcripteur entre les deux arts dans ce processus ?

3. Danse et danseurs comme motifs littéraires : une chorégraphie du texte ?

Dans la prose narrative, la poésie ou au théâtre, la danse fait parfois partie de l’action et est intégrée au récit. Cette écriture de la « dance as text » (voir Goellner, Murphy 1995) peut alors amener le texte à se mouvoir en une chorégraphie de mots (Cordova 1998 : 36). Cela présente néanmoins une contradiction car si la danse devient texte, intrigue, scène ou personnage, elle n’existe plus pour elle-même mais sert une narration, une action littéraire.
• Quelles formes cette autre écriture peut-elle alors prendre ?
• Quels motifs, quelles interprétations de la danse et des danseurs sont utilisés dans les textes littéraires ?

4. Inspirations et adaptations : le chorégraphe et l’œuvre littéraire

Le rapport entre textes littéraires et écriture chorégraphique a évolué au cours du temps. Si la littérature a d’abord constitué la première source d’inspiration pour de potentielles adaptations scéniques, cette relation de dépendance tend à s’amenuiser dès le XIXe siècle. La chorégraphie commence à s’affranchir du texte et la danse cherche à développer son propre langage. Quelle que soit l’époque et la relation entretenue avec la littérature, les chorégraphes (par exemple Rudolf von Laban, Jan Fabre ou Angelin Preljocaj) réfléchissent, en parallèle aux écrivains, à la mise en geste des mots.
• Quelles œuvres, motifs ou genres sont les plus adaptés à cette transcription d’un langage à l’autre ?
• Comment transmettre un contenu ou une idée par le mouvement et comment incarner le texte ?

Nous invitons des propositions de communications de 300 mots avec une courte biographie. Veuillez nous envoyer vos propositions au plus tard le 15 janvier 2020 à l’adresse suivante :

eva.rothenberger@iek.uni-augsburg.de
chloe.lamaire@philhist.uni-augsburg.de
charlotte.ladeveze@philhist.uni-augsburg.de

Beitrag von: Eva Rothenberger

Redaktion: Christoph Behrens